Des histoires de cœur pas comme les autres PDF Imprimer Email
La Marseillaise - 17/02/09

L’amour connaît-il des frontières ? Pour les « Amoureux au ban public », c’est une réalité quotidienne. Ils l’ont redit hier  à l’occasion de la Saint Valentin. Ballons, buffet, musique et ambiance festive étaient au rendez-vous au 8 rue Carthala pour célébrer ce 14 février.
 
« Il y a dans cette salle quelques Valentine sans leur Valentin, observe Mika. Ils sont au pays et attendent des papiers pour venir et se marier. » Ce genre d’histoires, Anna en a entendu beaucoup : des love story qui finissent mal faute de papier en règle. « Pourtant, en France, le mariage est un droit, objecte-t-elle. Qu’on ait ou pas des papiers, on a le droit d’aimer et de se marier. » Elle le répète d’autant plus haut que « régulièrement dans certaines mairies du secteur, des officiers d’état civil refusent de fournir les formulaires de mariage à des couples franco-étrangers ». Histoire de leur expliquer que « c’est insensé et même illégal », le collectif espère organiser une réunion d’information pour l’ensemble des mairies de secteur. Avis aux édiles !

Maya, également membre du collectif, constate elle aussi certaines dérives : « à partir du moment où vous êtes en couple avec un étranger, vous êtes suspecté ». De quoi ? De mariage blanc évidemment.

Sans papier et après ?

Pourtant tout le monde n’attend pas après le mariage. Et les affaires de couples ne se résument pas à des demandes de régularisation. Ainsi Mika et Mahir auraient simplement souhaité vivre leur histoire sans s’engager devant monsieur le maire ou quiconque. Elle est française. Il est kurde de Turquie. Chacun avait son chez soi. Mais Mahir était sans papier. « Il devait quitter le territoire, explique Mika. On a donc décidé de se Pacser. » Si aujourd’hui, depuis qu’il est régularisé, ils peuvent « partir en vacances ensemble », ils ont encore du mal à former des projets à long terme. « Je n’ai que des cartes de séjour d’un an, raconte Mahir. J’ai du mal à me projeter dans l’avenir ».

Autre cas, autre difficulté. Pour Karima et Kader, le mariage civil s’annonce compliqué. « Nous nous sommes mariés à la mosquée de Marseille », témoigne Karima. Pour passer devant le maire, en revanche, cela semble plus difficile. « On a déposé le dossier de mariage mais au bout de quatre mois, il n’était toujours pas traité » ajoute Kader. Pour cause : « Il y avait un problème sur les documents que nous avons remis… Mais personne ne nous a appelés pour nous le dire », s’étonne Karima. Ils comptent donc déposer à nouveau leur dossier sous peu. Reste à savoir si aucun nouveau « problème » n’empêchera la mairie de l’étudier…

Cette incertitude est presque monnaie courant pour le collectif des Amoureux au ban public des Bouches-du-Rhône qui a vu défiler quelques 150 couples depuis sa création en 2007.

Marjolaine Dihl